Anton Pavlovitch Tchekhov (1860-1904), médecin de son état, publie des récits humoristiques dans la presse, sous différents pseudonymes, afin d'avoir les moyens de soigner les malades gratuitement.
Célèbre dès le milieu des années 1880, il écrit ses plus grands récits et quelque temps plus tard des pièces de théâtre novatrices, toutes montées par la troupe du Théâtre d'Art à Moscou.
Tchekhov, grand auteur modeste, pensait longtemps que son oeuvre était voué à l'oubli. Il vivait dans le doute permanent en ce qui concerne ses capacités d'écrivain et d'observateur de l'être humain.
« Tout ce que j'ai écrit sera oublié dans cinq ou dix ans ; mais les chemins que j'ai frayés resteront intacts, c'est là mon unique mérite. » Anton Tchekhov, « Lettre à A. S. Lazarev-Grouzinski », 20 octobre 1888.
Tchekov ne s'intéressait pas aux intrigues ou aux héros au sens classique du terme, ses oeuvres sont inspirées par une étude approfondie de la vie même de ses contemporains. Il observe les comportements des êtres humains, leur vie de tous les jours, décrit leurs petites joies et peines en mettant particulièrement bien en scène des personnages en situation d'échec.
« Les gens ne vont pas au pôle du Nord. Ils vont au bureau, se disputent avec leur femme et mangent de la soupe. » Anton Tchekhov
Le point de départ de ce spectacle est l'envie de partager avec un large public le bonheur de se plonger dans des récits où l'auteur, grand conteur autant que génie dramatique, décrit avec beaucoup de compassion et de tendresse des personnages rêvant d'une autre vie sans jamais oser se l'avouer.
Comme dit Ivanov, un des personnages : Je ne suis même pas capable de faire un pas et vous voulez que j'aille aux Etats-Unis.
Des désirs non assumés d'un personnage naissent de petites frustrations, une insatisfaction fondamentale s'installe qui tend à faire rejeter la responsabilité de tous les maux sur autrui.
Or, les personnages ne manquent ni d'humour ni d'autodérision, ils nous font rire et pleurer à la fois. C'est volontiers qu'on accepte de se reconnaître en eux, car Tchekhov ne les juge jamais.
Le spectacle, ludique, est conçu comme un kaléidoscope vivant où les personnages changent de statuts (et de vie), échappent à leur quotidien pour mieux le troquer contre le quotidien du voisin. Ainsi on se sent plus proche de l'autre, on se comprend mieux, mais est-ce pour pouvoir l'aimer davantage ou mieux le détruire ?
À Badenweiler, en Allemagne, le 2 juillet 1904, quelques instants avant de mourir, Anton Tchekhov, pleinement conscient, réclame une dernière coupe de champagne.
« J'ai dans la tête toute une armée de gens qui demandent à sortir et qui en attendent l'ordre. Tout ce que j'ai écrit jusqu'ici ne vaut rien en comparaison de ce que j'aurais voulu écrire et que j'aurais écrit avec enthousiasme. » Anton Tchekov, « Lettre à A.S. Souvorine », Moscou, le 27 octobre 1888.