balance au rythme de la pendule de la cuisine en bas. Dans la cave, des convives habillés de chemises de nuit de flanelle, une oie blanche et un personnage noir à trois mains font la fête. Dans la cuisine, on découvre un cadavre étendu dans une flaque de sang qui s’élargit autour de lui… Leonora Carrington (*1917) est une peintre et romancière britannique issue d’une famille de riches industriels. A l’âge de 20 ans, fuyant la carrière par trop prévisible d’une “débutante” dans le grand monde londonien, elle rejoint le mouvement surréaliste autour des Breton, Duchamp, Eluard etc. C’est le coup de foudre avec Max Ernst, qu’elle suit en France, où le couple s’installe jusqu’à l’arrestation d’Ernst, après l’occupation. Fuite en Espagne, effondrement, internement psychiatrique. Elle parvient à s’échapper de l’hôpital et, grâce à un mariage blanc, à quitter l’Europe. C’est en 1945, dans son exil mexicain, que Leonora Carrington écrit Une chemise de nuit de flanelle, pièce cauchemardesque et énigmatique, une sorte de précurseur hallucinatoire de Fenêtre sur cour de Hitchcock. Scénographe et professeur d’architecture, Jean Flammang s’intéresse depuis longtemps à la phénoménologie de la maison et de ses espaces, mettant l’accent moins sur leur forme ou leur géométrie, que sur les choses, réelles ou imaginaires, qui s’y produisent. Il s’agit de considérer les événements et les rêves comme éléments constituants, sinon générateurs, de l’espace. Des événements, des rêves (quelque peu bizarres, il est vrai), Leonora Carrington nous en fournit à volonté. Elle “brode et tisse […] un mélange de souvenirs, d’expériences, d’inventions, d’absurdités et d’improvisations” (Strindberg, Le songe). En marge du spectacle, le TNL montrera l’exposition “Derrière les Yeux”, qui documente la genèse de la scénographie de Jean Flammang pour “Une chemise de nuit de flanelle”. ”Comme une vieille taupe qui nage sous les cimetières, je me rends compte que j'ai toujours été aveugle. Je cherche à connaître la mort pour avoir moins peur, je cherche à me vider des images qui m'ont rendue aveugle. Je vous envoie encore beaucoup d'affection et je vous embrasse à travers mon râtelier (que je garde à côté de moi la nuit dans une petite boîte bleu ciel en plastic). Je n’ai plus une seule dent.” Leonora Carrington |
traduite de l’anglais par Yves Bonnefoy |